L'affaire « Zied et Bouna » fut très médiatisée et entraîna les émeutes de
décembre 2005. Durant cette affaire tragique, les policiers furent violemment mis en cause.
L'affaire fut tout d'abord portée devant le tribunal administratif. Mais celui-ci se déclara incompétent. C’est donc le juge judiciaire qui devra se prononcer sur la responsabilité de la police
dans la mort de Zied et Bouna.
J’ai eu l’occasion de discuter avec un juge du tribunal administratif qui a eu à connaître de cette affaire il y a environ six mois et il m’a confié que la responsabilité des policiers n’avait aucune chance d’être retenue en l’état actuel des choses. Il m’a surtout expliqué précisément ce qui s’était passé :
Des habitants d’un quartier en banlieue appellent la police pour signaler la présence de trois personnes en train de commettre un vol. Voyant la police arriver, ces trois personnes prennent la fuite. Alors qu’ils s’enfuient, ils croisent une quinzaine de copains à eux qui reviennent d’une partie de rugby et leur crient « barrez-vous, y’a les flics qui arrivent ».
Ce groupe d’une quinzaine de personnes s’enfuie alors qu’aucun d’entre eux n’était recherché par la police. Parmi cette quinzaine de personnes, figuraient Zied et Bouna qu’on retrouva morts dans le transformateur EDF. Les policiers ne pouvaient pas savoir qu’ils étaient dans le transformateur puisqu’ils ne les poursuivaient pas et ne les connaissaient même pas.
On verra bien ce que donnera le jugement mais je mets d’ores et déjà ma main à couper qu’aucune responsabilité de la police ne sera retenue.
Ce qui est frappant, c’est la très forte médiatisation de cette affaire. Plus personne en France n’ignore le nom de Zied ou Bouna ; on peut ensuite noter que ça a légitimé aux yeux de certains le fait de tout brûler sur leur passage dans la France entière durant plusieurs jours ; enfin, on peut se souvenir du très fort soupçon ayant pesé sur les policiers, présentés par certains comme coupables avant tout jugement, comme s’ils n’avaient même pas droit à la présomption d’innocence, comme tout justiciable.
Le premier jour des émeutes, une autre affaire vit le jour : il s’agit de l’affaire Irvoas. Ca ne vous dit sans doute pas grand-chose. Rien d’étonnant à cela, cette affaire fut nettement moins médiatisée que l’affaire « Zied et Bouna ». Voici un petit rappel des faits :
Le 27 octobre 2005, Jean-Claude Irvoas et sa famille rentrent de promenade et s'arrêtent à Épinay-sur-Seine, dans le quartier d'Orgemont, dans le but de photographier un lampadaire installé par la société ETI, chez qui il travaille. Deux jeunes vendeurs de cannabis et un de leurs clients, croyant qu'il les photographie, l'agressent violemment. Jean-Claude Irvoas, roué de coups sous les yeux de sa femme et de sa fille, est retrouvé mort quelques heures plus tard.
La veuve et la fille de la victime, de crainte de représailles, malgré l'arrestation des meurtriers présumés, seront reçues quasiment en secret, le 31 octobre, par le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy. Quatre jeunes sont arrêtés pour les faits. Ils ont tous déjà été condamnés pour vols, recels, ou trafic de drogue. Le 20 novembre 2007, commence leur procès aux assises. Benoît Kusonika, 25 ans, est condamné à 15ans de prison. Samba Diallo, 24 ans, et Icheme Brighet, 22 ans, sont condamnés à 12 ans de prison.
Ce qui est frappant, c’est la différence de médiatisation entre les affaires « Zied et Bouna » et « Irvoas », survenues pourtant le même jour. Alors qu’aujourd’hui, on ne compte plus leurs messages et pensées en la mémoire de Zied et Bouna et les témoignages d’affection pour leurs familles, personne ne se soucie de la mémoire de Jean-Claude Irvoas et de la douleur de sa famille. Pourtant, celui-ci a été assassiné devant les yeux de sa femme et de ses enfants.
Voilà encore une des conséquences de l’antiracisme. On parle énormément de la mort de jeunes de banlieue tant en mettant allègrement en cause la police alors que les policiers n’avaient, de toute évidence, aucun lien direct avec la mort de ces jeunes gens.
A l’inverse, un blanc est tué par des jeunes gens d’origine étrangère ; nous n’avons aucun doute quant à la culpabilité des agresseurs ; la médiatisation est nettement moins forte que pour l’affaire « Zied et Bouna », idem concernant la mise en cause des agresseurs. Il ne fallait pas trop parler de cette agression qui pouvait, dans l’esprit de certains, conduire à la stigmatisation d’une partie de la population et faire le jeu du Front National. Alors que des mouvements comme les « indigènes de la République » multiplient les messages de soutien aux familles de Zied et Bouna et de dénonciation de la police qui serait selon eux directement responsable de leur mort parce que raciste envers les noirs et les arabes, on ne les a jamais encore vu se soucier une seule fois de la douleur de la famille de Jean-Claude Irvoas. La victimisation a décidemment encore de beaux jours devant elle. Le deux poids deux mesures aussi …
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